mardi 13 septembre 2011

Ce n’est pas le tout de t’autoproclamer entrepreneur. Il s’agit d’entreprendre.

Et passer de travailleur social à business woman, pas fastoche quand tu ne sais même pas rendre la monnaie au stand crêpes de la kermesse de l’école.

Sans parler que le seul public que j’accompagnais depuis 15 ans, c’était du SDF en culotte courte, du fraîchement tolard, du psychotique médicalisé à l’herbe de Provence et d’ailleurs, de l’ados-mère-célibataire. Tous, avec un cv long comme un ticket de métro. Que des 16-25 ans qui ont confiance dans l’humanité comme dans un requin qui a la dalle.

Alors d’abord, j’ai annexé une pièce de la maison et j’ai foncé chez le suédois. Comme je ne veux pas être le cordonnier le plus mal chaussé, je m’installe un espace de travail feng shui … Ben oui !

Je me suis offert, rectification d’après mon comptable, j’ai investi dans :
- un bureau en bois avec des caissons de rangement,
- une lampe jolie qui éclaire (attention les deux ne s’associent pas toujours),
- et une chaise de bureau à très haut dossier qui roule.
Après trop d’heures de montage : je ne sais pas vous, mais moi je le monte une fois à l’envers le meuble nordique et après seulement à l’endroit…

J’ai placé mes investissements de manière à voir la porte sans être le dos à l’Ouest cette année.
J’ai mis ma pile de dossier à traiter à ma gauche, enfin pile n’exagérons rien !!
Mon téléphone à droite à côté de mon écran et d’une photo de mes enfants.
Mon outillage (stylo, agrafeuse et j’en passe) a pris place dans les tiroirs pour dégager le plateau devant moi.
J’ai installé ma belle crassulas dans le coin gauche. Crassulas : ça fait 101 dalmatiens pourtant c’est juste une plante verte dépolluante à feuilles rondes.
Dans l’ordinateur, j’ai fait du tri, des archives, des dossiers et vidé les poubelles.
J’ai allumé une lumière dans le coin Sud-est de la pièce, changé le message du répondeur et taillé mes crayons.

Pour me faire une idée, j’ai commencé par chercher la définition de client dans le lexique de « En route vers le CAC 40 ». Sur la même page, on trouve aussi : business plan, communication, liflets, niche, prospection, publicité, réseau, salon, site web. Et oui, tout ça ! Et encore, je n’ai pas tourné la page quand j’ai senti des gouttes de sueur perler sur mon front…

Alors justement dans les secteurs de l’architecture d’intérieur et du bien-être, le feng shui ça s’appelle une niche. Déjà, c’est facile de comprendre que niche n’est pas synonyme de parc animalier. Et dans notre exemple, c’est même un nid et pas le modèle condor mais colibri.

Donc, j’ai filé chercher le duo indispensable à un créateur d’entreprise : une boite de mouchoirs pour …. m’essuyer le front et un déo.

A vos marques, prêt, partez !

mardi 21 juin 2011


Lancer une idée en l’air, soit. Seulement attention, c’est celui qui l’a dit qui y est !

Fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’artisans : l’héritage est pesant. Si lourd que quiconque m’a croisée plus de cinq minutes, m’a entendue dire : « Entrepreneur ? Jamais ! ».

« A ton compte », c’est pour te prévenir que tu vas compter : compter tous les trucs sympa que tu n’auras pas le temps de faire.

Être ton propre patron, c’est :
Travailler plus pour travailler plus,
Ouvrir le dimanche matin,
Préparer le réveillon de Noël pour 15 à partir de 20h30,
Répéter « Mais non, tu sais bien avec le magasin, on ne peut pas partir en avril »,
Considérer comme les Chinois qu’une semaine de congés payés c’est le progrès, décidément les Chinois…

Un statut, où RTT signifie Rame Tout le Temps ? Pas sûr… Moi, j’aime les ouvrages d’art de mai, auxquels tu colles un RTT, un vrai.
Seulement salarié feng shui ça ne se trouve pas sous le pied d’un cheval : ça n’existe pas.

Alors passer de la passion confidentielle à la SARL, il y a un pas, enfin pour moi un saut périlleux carpé tendu double flip.

Mais, fallait pas faire mon intéressante…Maintenant, il faut créer  ma boite : sensation de monter sur un plongeoir de 5 m. 
En haut, quand ton gros orteil flirte avec le vide, tu remarques que la piscine a rétréci !
Rapidement, tu entends : « Sautes ! Tu fais attendre les gens ! », « Allez ! Tu ne vas pas redescendre devant tout le monde ?! ». Tu les vois bien les téméraires derrière toi, la tête rentrée dans les épaules ; ils grelotent. De froid ou de trouille ?

C’est comme l’administration. Elle évalue ton alphabet : EIRL, NACE, SIRET, RCS, RSI ; elle teste ta motivation ; elle te donne la chair de poule...

Après un saut d’un 2ème étage, tu retrouves instinctivement le bord. Le temps de réaliser que tu n’es pas tombé à côté ; tu n’as qu’une envie : sortir l’eau.
Pour rester digne : rattraper discrètement ta culotte qui a voulu faire bande à part et démêler ton haut en guirlande sur tes oreilles. C’est normal, ton maillot a eu peur lui aussi.
Pour remonter à l’échelle : rentrer le ventre.
Et là, tu peux être fière. T’as sauté du 5 m, quand même !

En regagnant ma serviette, j’étais chef d’entreprise.




samedi 4 juin 2011

En tout cas, c’est ce que ça a fait à mon mari : un effet « force 8 dans le spi ».
Et, pas qu’à lui …

Pour l’annonce, mes amis se sont scindés en plusieurs catégories :
- les « ton mari est au courant ? »,
- les « pour quoi faire ? »,
- les « c’est intéressant … »   avec les trois petits points qui se laissent aller,
- les « ah ! tu vas si mal que ça ?!».
Verdict commun : le sourcil. Oui, c’est une annonce qui tonifie l’arcade.

Pour les explications : changer de vie au tournant de ma vie.
Elles étaient visiblement peu intelligibles. Car leurs sourcils ne redescendaient pas ou que très lentement, de fatigue sans doute.

J’ai sidéré tout le monde, convaincu personne ou presque, arrêté de me justifier très vite.

Différents typologies se redessinent, les semaines suivantes :
Les curieux, qui se sont offerts un bouquin : « sympa… ça à l’air contraignant, non ? ».
Les de plus en plus septiques, qui n’ont finalement pas acheté de livre : il était au rayon ésotérique de leur librairie…
Les carencés en magnésium, tétanisés du sourcil dès qu’ils me croisent.
Les bienheureux, d’avoir une copine qui « se fait un petit caprice » : ils s’en feraient bien un petit, eux aussi …
Les supporters de la première minute… après l’effet de surprise.

C’est vrai que devenir coach feng shui à l’heure de la délocalisation en Chine justement et d’une inflation fixant le cours de la religieuse au chocolat à 18 francs : ça fait caprice de bourgeoise … je vous l’accorde.

Ensuite, il y a tous les autres :
La gentille employée de la CCI, qui appelle sa collègue Muriel : « - Feng shui,  ça peut se ranger dans quelle rubrique ?  Non ! Je sais pas comment ça s’écrit !?! ».
La gentille dame, chargée des encarts de la gazette locale : « Navrée,  le comité de rédaction n’a pas retenu votre candidature ». Naïve ?! Je pensais qu’il fallait juste dégainer les devises pour une pub… !?!
Le gentil animateur, du réseau d’entrepreneurs, qui expose « […] quand vous avez une activité étrange que personne ne connait comme Me Biétry par exemple […] »

Reste l’Autre :
C’est la première fois que je le rencontre. Pour faire connaissance, il me demande :         
« - Vous faites quoi dans la vie ?
 - Du feng shui. »
Il me répond avec bienveillance :     
« - A vos souhaits ».

Merci à lui, ce blog lui est dédié…

mardi 24 mai 2011



Voilà quelques possibles, en tout cas les plus usités autour de moi. Mais comment rester un tout petit peu créatif ? Comment faire un peu moins comme tout le monde ? Déjà que nous sommes tous obligés de porter des lunettes rectangulaires sous peine de ne pas porter de lunettes ...

D’ailleurs moi depuis 39 ans, je ne sais pas faire autrement qu’atypique. Être rousse : c’est déjà un petit peu moins comme tout le monde. Et quand tu veux marquer le coup, tu choisis Aude au lieu d’Isabelle ou Nathalie et c’est plié, t’es vraiment moins comme toutes les filles de mon âge ! Le pittoresque, ce n’est pas mon choix au départ mais je n’ai pas eu le choix.

La rupture comme un couple sur deux : pas assez rock n’roll. Et,  les trois autres procédés (voir chronique précédente) conduisent aussi à la séparation… souvent ?!... toujours ?!

Il existe des résolutions plus avant-gardistes : tourner autour du monde en 4x4, se planquer chez des moines tibétains, s’exiler dans une yourte en Charente, avoir des jumeaux comme petit dernier pour la route, adopter un montagne des Pyrénées.

Rompre avec des lunettes rectangulaires : c’est tendance et tendance c’est pas mon style !
Imiter certains hurluberlus de mes amis : c’est copier et copier c’est pas joli joli !

Alors ! Ne pas sortir de ma destinée : attaquer la quarantaine, à fond et pas comme tout le monde.
Début donc d’une réflexion intense, un bilan de mes compétences surprenantes. A partir de ce que je sais faire : quoi faire…
Mais un «  quoi faire » qui crée la sidération, le malaise vagal, le KO, la panique du bug de l’an 2000.

J’ai osé plusieurs concepts auprès de mon conjoint qui n’ont déclenché aucune élévation de sourcil. Il faut dire qu’avec moi, il a le sourcil stoïque, mon mari.

Un soir, l’inspiration…
Devant Les experts, en pleine analyse d’un poil de coyote au spectromètre :
-          « Chéri, je sais ! »
-          « Quoi ? »
-          « Je vais entreprendre une formation professionnelle. » 
-          « Très bien, de quoi ? »
-          « De feng shui. »

Et là !  A la hauteur de son sourcil, j’ai su que je le tenais mon passage des 40 ans qui coupe le souffle, qui rend hagard, qui fout les jetons…


Rdv le 4/06/11

samedi 7 mai 2011

C’est décidé ce sera l’année de tous les changements. Un cap certes, un cap Horn peut-être mais la meilleure défense c’est l’attaque ; donc moi aussi je vais prendre tout le monde par surprise !!!!

Alors que faire  pour « le premier jour du reste de sa vie » ?

Le divorce
Tu vends ta maison, même si tu viens de finir la salle de bain qui t’a coûté un bras, pour un F2 à Bagneux. Tu perds la moitié de tes amis ; voire plus si c’est toi qui lance la procédure. Entre le tennis,  la danse, le solfège, le piano et la batterie, tu cases le pédo-psy. Tu passes tes nuits sur Meetic. Oui, avec tes 40 balais, tes chérubins et tes « cernes comme des roues de bicyclette » tu ne fais pas craquer le premier venu….

L’amant
Un an que je mens sans vergogne à ma meilleure amie ; vue sa tête quand elle a découvert sa bande d’anciens scouts sur sa terrasse, je suis douée !! Par contre, impossible de décaler d’une semaine ton rdv «  ½ jambes,  maillot, aisselles ». Réussir à convaincre ton époux que finalement un string léopard c’est plus confortable qu’une taille haute 100% coton mais que t’es quand même crevée... Surtout, ne pas se lancer dans « mes années lycée II » sans savoir expliquer aux collègues pourquoi après ta pause déjeuner ton brushing est ruiné…

Le  pèlerinage à Compostelle
Là, c’est facile ton épilation tu la décales de 2 mois si t’es en forme, 3 si tu pars avec ton vanity habituel. Faut pouvoir faire un sevrage de babyliss, supporter Queshua imprimé sur toutes ses fringues, s’abonner à la newsletter de Pèlerin magazine. Tes amis ? T’en n’as plus, tu leur fais peur. A ton retour, ton patron  pour te remercier de l’avoir planté là, sans solde d’accord mais avec le dossier « Saraportunmax » quand même, t’a prévu un placard propret avec tes 40 balais bien sûr ! Evidemment, ton gars est parfaitement synchro avec ta quête spirituelle et ta mère dispo pour garder ta progéniture.

Le petit dernier pour la route
Bouleversements assurés : un bébé. Les ainés sont quasi autonomes : tout le monde sait faire ses lacets ! Et tu rempiles pour les nuits d’un navigateur du Vendée Globe. Il va sans dire que tu dois être persuasive voir inventive parce que l’élu de ton cœur, il n’est pas chaud-bouillant… : « et comment on va payer ses études à celui-là ? ».

Quoi d’autre ??

(la suite le 24/05/11)

mercredi 27 avril 2011

Ce  matin, je me suis levée avec une petite mélancolie qui perle au bord des cils. La fête est finie. Les bulles de champagne étaient fines, les rires étincelants, les émotions brillantes. C’était une surprise : les 40 ans de ma meilleure amie. Après six mois de secrets et de malices cousues de cordes à puits, elle n’y a vu que du feu …

D’abord le « c’est qui tous ces gens sur ma pelouse ! », suivi du « oh ! mais elle, je la connais… 15 ans, ça fait 15 ans… », accompagné par le « c’est pas vrai,  vous avez pas fait ça … ».
Et la joie qui se pointe en grand tralala. Du bonheur en barre : ses amis de toujours et un feu de camp avec des chansons autour.

Ce matin, je suis la prochaine sur la liste,  j’attaque l’année de toutes les balivernes. Et je prends conscience qu’à chaque petit apéro prévu sur le pouce, je devrai être parfaitement brushée pour l’éventuelle ouverture du prochain chapitre de ma vie : la fête surprise de mes 40 ans.

J’essaie de me dire que tous mes proches que je chéris vont me raconter les mensonges les plus éhontés pendant un an pour mon bien… Même mon mari qui ne voit vraiment pas comment on peut avoir une double vie ; lui : « il n’a pas le temps, il ne sait pas mentir ». Seulement là, il va bluffer sans se poser de questions… Et il va réussir !!!!

Ce matin, je la vois venir ma belle surprise (j’espère) et avec elle les 40 balais au garde à vous qui certifient qu’il y a de la place dans le placard….

Hier, je les ai entendus ses poteaux, lui démontrer à ma camarade, que c’est le plus bel âge, que le meilleur est à venir, etc…. Mais je me souviens aussi parfaitement du haut de ma dizaine, des 40 ans de mes parents. Ils étaient épanouis peut-être !? Vieux, surtout ! Et leurs copains, à la force de l’âge je ne me rappelle pas…Vieux, j’en suis sure !!!

Ce matin, j’ai la tête un peu en biais certes, mais je comprends quand même qu’il y a « un avant et un après » la fête surprise des 40 ans…